Lettre à moi-même

Publié le par Boo

Ma petite Boo...

Ma petite Boo,

Tu as 16 ans aujourd’hui.
Bon anniversaire.

Tu ne m’en voudras pas, j’en suis sûre, si je me tape l’incruste ce soir, autour de l’éternel gâteau au chocolat de maman, pour te glisser cette lettre.
Je te l'ai écrite à travers les cieux, l'espace et le temps (oui, même adulte, tu seras toujours fan d'Ulysse31, désolée, on ne grandit pas exactement comme on le voudrait...)
Cette lettre, tu verras, sa lecture te sera bien profitable.
A toi, l’angoissée du futur, la fébrile du jour d’après.
Lis-la avec attention.  Et respire. On vit mieux, quand on respire, crois moi.
Tu me remercieras plus tard (dans exactement treize ans, en fait).

Pour le moment, tu as 16 ans et tu penses que tu es une âme solitaire. Si si si, ne mens pas, je le sais très bien.  Tu penses que  personne ne te comprend, à part peut-être tes frangines - quand vous n'êtes pas occupées à vous étriper. Allez va, mais bien sûr que personne ne te comprend ! Ca te surprend ? Tu croyais avoir ouvert une ligne télépathique, dernièrement ? Et puis sois honnête : c'est pas vraiment déplaisant de jouer au poète maudit, mmm ? Ca permet de sortir la tenue qui va avec, aussi, bien sûr... (d'ailleurs, tu vas la perdre cette magnifique chemise blanche à lacets, je ne sais pas où, mais je le regrette toujours !)
Joue-la comme tu le sens, mais, je te le dis comme à une amie : ouvre le yeux de temps en temps, ça te fera beaucoup de bien.

Ah tiens d’ailleurs, ne te prends pas trop la tête à cause de cette dispute avec ta meilleure amie Nadège : d’ici 5 ans, tu auras oublié jusqu’à son numéro de téléphone (et c'est pas faute de l'avoir composer 3 fois par jour pendant 2 ans, n'est ce pas ?). Et si tu veux mon avis, c’est pas un mal : j’ai su récemment qu’elle était devenue vendeuse chez Sephora et qu’elle avait un Chihuahua nommé "Justin T". Ca console, pas vrai ?
(Bon, tu ne sais pas encore qui est Justin T., mais crois moi sur parole : ça console. Foi de toi).

Ah aussi, pense à bien te couvrir cet hiver, quand tu sortiras en mer avec papy Max. Si ça peut t'éviter cette pneumonie qui te clouera 3 semaines au lit à 2 mois du bac de français, c'est toujours ça de pris.
 
Dans un an et 8 mois, tu passeras ton bac. Allez, ne stresse pas, tu vas l’avoir... Que ça ne t’empêche pas de réviser, cela dit ! (quoique, pour la géo, tu as bien fait de faire l’impasse sur le dernier semestre : tu vas tomber sur l’organisation de l’espace mondial, la première leçon de l’année. Veinarde).
Tu ne seras malheureusement pas aussi brillante, un an plus tard, quand tu passeras ton permis (au carrefour du vidéo club, pense à regarder à gauche au "cédez le passage" !).

Cette même année, tu vas te péter le poignet gauche à vélo, en oubliant d’éviter un fossé. Une semaine plus tard, tu rencontreras un homme (non il n’est pas chirurgien-urgentiste, tu n’as pas encore l’âge de fricoter avec des docteurs, je te rappelle !) et tu connaîtras ta première grande histoire d’amour. Six mois plus tard, le premier grand chagrin qui va avec. Ne commence pas à chouiner, dans ce domaine, tu n’es pas au bout de tes peines.

D’ici 3 ans, tu vas aussi t’engueuler très fort avec papa et maman. Pour te venger, tu vas te teindre les cheveux en violet, commencer à fumer (s'il te plaît, s'il te plaît, retiens-toi !) et  te faire percer la langue (là tu peux y aller, tu vas voir ça fait drôle). Du coup, tu vas partir. Très loin. Je te laisse le suspens de la destination mais compte bien dans les 10 milles kilomètres quand même. Plein sud.
C'est bien. Tu vas prendre du plomb dans la tête, ça ne nous fera pas de mal.

Un an plus tard, ça se sera tassé. Tu reviendras. Mais tu auras raté les 18 ans de Lili, et un paquet de repas de famille.

Bon, là comme ça, c'est vrai que ça ne paraît pas génial.

J’ai oublié de te dire que tu allais aussi apprendre à jouer aux échecs, écrire ta meilleure nouvelle (du moins à ce jour, 17 septembre 2008), apprendre la photographie et obtenir ta maîtrise de lettres avec brio (par contre, elle ne te servira absolument à rien pour la suite. Dommage hein ?)

Et puis... puisque je me doute que c’est ça qui t’intéresse principalement... oui, bien sûr, tu vas rencontrer l’homme de ta vie, le vrai... Attention toutefois, ça ne sera pas celui que tu crois... Oui c’est ça, en fait ça sera l’autre... Enfin je te laisse te démerder hein, tu vas voir, ça va faire un fameux bordel !

Allez, courage jeune Boo. Ne t’inquiète pas, en fait ça va être très rigolo tout ça.
Il faut juste que tu te dises que plus tard, tu en riras.
Et je t’assure, aujourd'hui, j’en ris. Souvent.

Je te laisse. Profite bien de tes 16 ans. Et des 17. Et de ces prochaines années.
Embrasse bien fort Papy Max pour moi. Profite bien de lui, aussi...

A dans quelques années,

Boo, la grande (mais pas tant).

PS : Ah tiens, pendant qu’on y est... Le 09 septembre 1999, évite de t’endormir dans le compartiment du train Marseille/Bordeaux : tu vas te faire tirer ton sac à main.
A ce jour, tu regrettes toujours. Parce que tu faisais terriblement la gueule au moment de refaire tes papiers. Parce que tu faisais toujours autant la gueule dans le photomaton de la Préfecture de Bordeaux. Et ça, on le voit toujours, tu sais. Parce que, je te le rappelle, ton permis de conduire, tu te le coltines à vie...


Cette petite idée de missive à travers le temps, je l'ai piqué à Miss Zen, qui elle même l'a emprunté à la journaliste Ellyn Spragins et à son petit ouvrage "What I Know Now: Letters to My Younger Self".
Et vous, vous diriez quoi à vous-même, si vous trouviez un facteur trans-temporel ?
D'autres blogueuses trans-temporelle :
* MissBrownie : A la petite fille que j'étais
* MlleAgathe : Lettre à Agathe
* The Major : Lettre au jeune Major
Tableau : Huile sur toile de Jean Baptiste Santerre - Jeune fille lisant une lettre à la bougie - 1700

Publié dans Coquillette vagabonde

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Commenter cet article

Mademoiselle A 20/09/2008 20:51

Très sympa cette idée d'article, et bien écrit en plus! Ah, ça serait si bien si on pouvais revenir en arrière pour de vrai, et se rassurer soi même sur l'avenir qui effrai souvent quand on est plus jeune... Les erreurs par contre, j'les recommencerai toutes ;-)

Agathe 20/09/2008 18:40

Et d'ailleurs j'ai tellement aimé l'idée que je m'y suis mise aussi! C'est fou le nombre de choses que ça fait "remonter"... Merci pour avoir fait suivre cette jolie idée.
;-)

Miss Zen 19/09/2008 22:13

c'est vrai qu'on finit par en rire avec tendresse

JS 18/09/2008 12:59

Je ne vais pas être originale, mais j'ai beaucoup aimé ce petit texte ! J'en viens à me demander ce que je dirais à mon ancien moi...

Boo 19/09/2008 17:49


Oui moi aussi quand j'ai lu la version de MissZen je me suis immédiatement posée la question... Si ça t'inspire dis le moi hein, j'aimerais bien lire ça...


Faribole 18/09/2008 11:20

Très bel article, très émouvant !! J'ai repris l'idée pour mon blog.
En fait c'est justement très intéressant de lire quand on ne connait pas la personne. On ne comprend pas tout évidement mais des petits bouts de ta vie nous parviennent et on a surtout envie de s'faire une soirée coquillettes/kiri dans ta cuisine et te demandant "T'es partie où en fait ?" "Mais... violet comment ?" "Raconte ton 1er homme de ta vie !" ^^

Boo 19/09/2008 17:49


Faribole, j'adore ton commentaire :)
J'ai l'impression d'y être dans ma cuisine à partager un bol de coquillettes avec toi =)
Je te ressers un verre de Merlot ? =)