La fois où je me suis fait braquer mon sac Corsica

Publié le par Boo

Je fais mes courses à Carrefour. A force, j’ai accumulé mon ptit lot conséquent de sacs cabas éco-planète machin. Du genre ceux-là :

Sac cabas Carrefour

L’été dernier, j’ai passé 2 semaines en Corse, et lors d’un ravitaillement chipolatas/réchaud/lampe frontale/spray anti-moustique (oui, j’étais en camping), j’ai atterri au Carrefour d’Ajaccio. J’ai donc eu droit au beau sac cabas spécial Corsica. Celui-là :


Pratique et meilleur pour la Corse

C'est quand même autre chose, non ?

Hier, donc, je faisais mes courses, à mon Carrefour de Montpellier. Je pendouille mes 4 sacs au petit crochet du caddie, dont le Corsica, et vogue la galère. Tranquille. Tellement tranquille qu’avant de lancer les hostilités de ravitaillement, je m’arrête 5 minutes dans le Minelli de la galerie. Cinq minutes, montre en main. Le temps d’essayer une paire de spartiates qui me clignaient de l’œil depuis leur vitrine. Et comme je suis une fille bien élevée, je laisse mon caddie vide à l’extérieur du magasin. Pour pas encombrer (et surtout parce qu’entre les tranchées de cartons de chaussures, il passe pas, j’ai essayé…).
Quand je reviens, il a changé de place. Je l’avais laissé à gauche de l’entrée, il est à droite. « Bah, quelqu’un l’aura poussé pour mieux voir ces atroces escarpins vernis là », je me dis. Et pis, à bien y regarder… Il me manque un sac ! Mon sac Corsica justement !

J’hallucine un peu là. Ben y’a qu’à se servir hein ! Ni vu ni connu, y’aurait tort de se priver !
Remarque, ni vu ni connu, c’est pas certain ça… Avec son blabla « Praticu è assai megliu pè a Corsica » bien tape-à-l’œil, il est pas si discret que ça, ce sac. Bon y’a juste des milliers de clients dans le magasin, et chacun avec 3 ou 4 sacs, mais on sait jamais. Ouvrons l’œil. Sherlock est de retour. Ca va pimenter un peu la corvée tiens !

Je commence donc mes courses, un œil sur ma liste, l’autre sur les clients. Et je me demande bien qui peut être assez con pour taper un sac cabas à 0,50€. Et juste à moi, et juste celui-là. En bonne profileuse qui a raté sa vocation, je vois déjà se dessiner deux portraits-type d’individus : j’ai à faire soit à un expat' corse en mal de saveur locale, soit au contraire à un bon vieux continental aigri et vindicatif qui a cru saisir là l’occasion d’une vendetta mesquine suite à un figatellu avarié qu’on lui aurait servi 3 ans plus tôt sur une terrasse de Porto-Vecchio. Elémentaire, mon cher Watson. Ca ne peut être que ça.
Sauf qu’un profil psychologique, c’est bien beau mais ça habille pas son homme (ou sa femme tiens ? pourquoi ça ne serait pas une femme ? Une vielle mémé corse en austère robe noire ou une jeune pintade auvergnate larguée par le moniteur de voile du camping de Bonifacio…). Bref, ça fait des chouettes histoires, tout ça, mais ça m'en dit pas long sur l'aspect physique de mon suspect... En gros, ça sert à rien...

Et du coup, je ne suis pas plus avancée, ni avec mon voleur, ni avec mes courses d’ailleurs.

Lorsque tout à coup … Au détour du rayon jambon… Jetant un œil circonspect sur des quenelles de brochet (errrrrk), je le vois. Il a une main sur la quenelle (celle au brochet hein, rappelez-vous, on est dans une grande surface…), une autre sur son caddie. Et pendouillé au dit caddie, le sac. Mon sac.

Je stoppe net, à l’arrêt. La patte levée, l’œil vif, la truffe au vent.

Mais quand même, j’suis déçue. Mon bonhomme là, il ressemble à rien. Il n’a même pas la décence d’incarner mes stéréotypes longuement échaffaudés. La soixantaine maigrichonne, mal rasé, veston à carreaux, l’échine courbe, il fait plus peine qu’autre chose. Mais oh ! Faudrait voir à pas s’apitoyer non plus, il m’a chouré mon sac quand même !
Sauf que… Bon y’a peu de chances, mais… Avec la minuscule probabilité pour qu’il y ait, aujourd’hui, dans cette grande surface, plusieurs détenteurs légitimes de cabas Corsica, j’me vois mal tomber sur le râble d’un innocent.
Mais en même temps, ça m’énerve c’t’affaire. Mais si je vais lui demander des comptes là, à mon voleur de cabas, je le sens, ça va nous mener à rien. Pire même, s'il est le profil "corse en manque du pays", il pourrait bien se venger en venant, la nuit, plastiquer mon ptit 2 pièces, kidnapper Saucisse pour la donner à manger aux cochons sauvages, me forcer à écouter I Muvrini, que sais-je ?!?
Bon, alors, je fais quoi ?

Et là, je décide de me la jouer subtile. Du genre ange de la culpabilité. J’vais pas faire d’esclandre, mais j’vais bien lui faire comprendre, à mon bonhomme, que je suis pas dupe.

Je m’avance vers le voleur à carreaux, fais mine de m’intéresser à son rayon, passe mon bras devant son regard pour attraper un pack de quenelles. Mais il ne semble même pas me capter. Deuxième tentative : feignant un intérêt soudain pour les pâtes brisées pur beurre que son caddie m'empêche d'atteindre, je le pousse sans ménagements  (le caddie, pas le bonhomme) jusqu’au milieu du rayon avec un soupir excédé. Queudalle. La quenelle est toujours plus passionnante que mon manège, on dirait.
Mais je le crois pas ! Il va même pas me faire la politesse de me regarder, celui-là, que je puisse lui décocher mon regard spécial « je sais ce que tu as fais l’été dernier » ?
Aux grands maux… J’élabore une ultime tentative. Je m’éloigne, attend qu’il décolle avec son caddie, je me lance, et *paf*, c’est la collision. Il lève la tête, et j’en profite enfin pour mettre tout ce que j’ai de reproches muets dans mon regard perçant comme l’acier. Mais en face de moi, c’est l’œil terne du merlan frit que je transperce. Et l’éloquence de la carpe.
Et puis, derrière-moi : « Vous pourriez-vous excuser quand même ! » s’exclame une mégère vengeresse qui a vu la scène. Et de rajouter deux ou trois gentillesses sur le respect des jeunes d’aujourd’hui. Je me tâte encore sur la réponse la plus appropriée à lui faire, quand mon regard tombe sur son caddie à elle. Et les sacs dedans. Ou plutôt LE sac. Le sac Corsica.

Oui, elle aussi. Et d'ailleurs, à bien y regarder, y'a un jeune là bas au fond, qui a bien l'air d'en avoir un, aussi...

A ce stade-là, je perds mes dernières velléités de redresseuse de tort. J'me suis fendue d'un portrait robot digne de NCIS, j'ai mis trois plombes à choisir un filet d'orange tellement j'avais les yeux ailleurs, j'ai harcelé un pauvre type innocent pour rien, j'me suis faite agressée par une dinde justicière, je crois que je peux rentrer, là...

Et comme je pense à tout ça au lieu d'être à ce que je fais, j'ai même ramené chez moi deux quenelles de brochet qui ressemblent étrangement à... des quenelles au brochet... Super !

Quenelles au brochet

Publié dans La fois où...

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Céline 25/01/2015 13:47

Je viens de découvrir ton blog, qui apparemment n'est plus mis à jour. Et je vois... "une jeune pintade auvergnate". Je suis jeune et auvergnate !!!!! Bon ça va, je ne suis pas une pintade ;-)

Sith 24/04/2008 15:07

Le coup du 2e sac Corsica... rien de mieux pour déstabiliser.. en changer de stratégie... quoique, gueuler sur qq'un même s'il était peut etre innocent, ça t'aurait bien relaxer :)

Sekhmet 20/04/2008 22:44

Ce qui est quand même assez exceptionnel c'est qu'il y ait eu plusieurs propriétaires de sac corses sur place... je trouve quand même très fort...
Et puis finalement les cabas Carrefour ils sont pas mal...

Boo 21/04/2008 00:56


annick : je te sens un chouia ironique là non ? ;)

Petite Fée, Sekhmet, ennA : ben ouais ! Si je m'en étais douté, j'aurais pas harcelé ce pauvre gars... A croire que les montpellierains partent fréquemment en vacances en Corse, ou que les
corses qui s'expatrient attérissent souvent dans le coin...

MissBrownie : vous avez ptet des sacs spécial pays ch'tis alors ? ;)

Touwity : y'a plus de vieillesse ma bonne dame !

Gallïane : j'prends ça comme un compliment ;) Oui ben j'y ai bien pensé à lui reprendre son sac, mais j'aurais eu l'air conne si j'avais été surprise... Et pis, toujours ce doute "et si
c'était pas lui"...

Gazelle : merci ! Je rebondis demain matin ;)

Lili : peut-être ai-je eu affaire à un collectionneur... Après les pin's, les stickers, les sucres de bistrots, pourquoi pas les sacs cabas régionnaux ? :)

Mlle Figolu : oui oui oui... Et la marmotte... ;)

Mam'Zelle Yoko : rappelle-moi de jamais rien te piquer à toi ;)

Zara : merci à toi !

Fisoan : oui et de vrais carreaux de nos grands-pères ! Véridique !

christèle : je HAIS les quenelles, pour l'instant elles dorment toujours dans mon frigo, j'crois que je vais essayer de les refourguer à Saucisse...

Val : merci :) Oui après coup, je me suis dit que c'était pas plus mal de m'être contentée de  la jouer "fine", si l'on peut dire...

Riff : moi aussi je suis une grande récupératrice de ce que les gens jettent ! Surtout les palettes (de chantier). Mon chéri craquent au fur et à mesure que je les entasse dans le jardin...
Mais c'est une autre histoire :)


Melo-addict anonyme 18/04/2008 22:28

c'est ballot comme qui dirait^^
n'empêche que des cabas à commission, moi j'en ai payé en tout et pour tout qu'un seul, sur cinq-six que je possède : je les récupère... on n'imagine pas combien de ces sacs parfaitement fonctionnels atterrissent dans des poubelles au lieu de resservir comme ils sont prévus à l'origine. et ça, ça me fout bien les boules. c'est honteux. surtout quand j'imagine les gens qui retournent faire leur courses, sans sacs donc, et sont par conséquent obligés d'en racheter pour rapporter leur butin chez eux... (m'en vais berdéler plus loin, ok...^^)

val 18/04/2008 22:17

Oh! Mais quelle histoire!
J'adore ton auto dérision. Un plaisir de lire tes petits deboires :D . Pauvre monsieur, heureusement que tu ne l'as pas agréssé plus...